Le croquis…un langage dont chacun peut s’emparer, de la conception à la réalisation.

Sans intention de dresser une liste exhaustive des différents outils de reproduction architecturale, il me semble important de souligner qu’il y a environ cinquante années à peine celle-ci était encore basée sur une proportion de 95 % de production à la main. La mine de plomb du critérium gris aluminium, l’encre de chine qui s’écoulait entre les deux lames du tire-ligne, puis plus tard du graphes et encore plus récemment le rötring, ce « stylo » calibré qui permettait, selon des règles bien normées, d’attacher une codification quasi universelle à la représentation d’un plan d’architecte, ont tous disparu au gré de l’inflation du mètre carré, emmenant dans ce tourbillon planche à dessin et autres chariots à roulettes, pour permettre aujourd’hui de réduire la taille d’un calque de 1,20 m par 0,80 m à un écran de 2560 x 1440 pixels.

« La première chose que j’ai faite au monde, c’est dessiner, comme tous les gosses d’ailleurs, mais beaucoup ne continuent pas. »

Cette phrase de Pablo Picasso résonne en moi avec une dimension qui va au-delà de sa simple expression: elle induit le fait que chaque enfant a dessiné dans sa vie et que l’on peut donc imaginer que certains réflexes subsistent.

Je dirais que je fais partie des gosses qui ont continué de dessiner…

Lorsque j’évoque l’architecture avec cette dimension interrogative du pourquoi de ma fascination des formes, des espaces, des organisations de liaisons, je ne peux m’empêcher de penser au regard que j’ai pu porter dans mes premières années, juché sur les épaules de mon père, découvrant au milieu d’une foule très dense et alignée, ma première messe de minuit. Je découvrais une multitudes de sensations qui habitaient ce lieu vaste et organisé, les regards dirigés sur le choeur de l’église où le spectacle rituel de l’évêque avec ses servants fascinait l’ensemble des gens autour de nous. Je regardais pour la première fois tous ces gens parfaitement alignés qui observaient avec une profonde sérénité les allées et venues d’un groupe de personnes sur un espace défini et dont la chorégraphie semblait parfaitement orchestrée.

L’ampleur des lieux, rythmée de piliers, l’odeur singulière de l’encens, les positions figées et contemplatives de l’ensemble des fidèles, le déplacement onctueux des prêtres, m’ont interpellé sur la logique d’implantation des éléments. L’injustice visuelle résultant des piliers, l’organisation hiérarchisée des espaces m’ont donné l’envie d’imaginer une église ronde avec un choeur central, une vision égale pour tous. De retour dans ma chambre, je prenais rapidement une feuille de papier pour traduire au mieux de mes possibilités enfantines l’expression d’une église « aboutie ».

Cette expression graphique fut également un moment fort de ma construction de complicité avec mon père, architecte. Des années plus tard, une église ronde fut imaginée et réalisée par Mario BOTTA.

Le croquis occupe tout au long d’une mission d’architecte une place prépondérante et devient très souvent sur le terrain l’expression d’une concrétisation d’une idée clé ou bien la manière de rebondir sur un propos vocal, ou encore d’appuyer une explication technique. Le croquis reste omniprésent dans les différentes phases d’une mission complète d’architecte. Il prend racine dans le processus de recherche créative, dans l’élaboration du concept de base au travers d’une réflexion libérée entre la main et la pensée. Le croquis, réalisé à main levée, est une manière pour l’architecte de traduire sa vision première et de matérialiser sa pensée.

Le dessin descriptif va permettre à l’architecte de « rendre visible » l’objet qu’il crée. Il va par ce biais chercher à communiquer ses idées et leurs concepts aux autres acteurs du projet, mais tout particulièrement à son client.

Le croquis reste prépondérant dans la démarche de l’architecte et permet à chaque instant de définir, de renforcer, d’argumenter, de collaborer, et d’engendrer la motivation du projet. A l’heure du BIM, ou du moins à l’aube de cette nouvelle approche collaborative, il est tout à fait envisageable que le BIM manager aura besoin de cette palette d’outils pour exercer un ajustement ou une correction face à des incompréhensions du concept original ou à des lacunes professionnelles.

Le croquis face à l’émergence des nouvelles technologies numériques sait garder une place primordiale et une adaptabilité réjouissante. Présent sur tous les supports numériques, le croquis conserve son intégrité face à l’ensemble des évolutions pour permettre de garder cet attrait qui le qualifie si bien, à savoir la liberté. Devant les nécessités de dématérialisation, de reproduction et de communication, il a su avec des possibilités extrêmement qualitatives se créer un chemin où il est reconnu comme primordial. Toutes les applications liées de près ou de loin au bâtiment permettent d’insérer aujourd’hui un croquis issu lui-même de l’outil support de l’application. Même les applications liées aux réceptions de travaux avec émission de réserves permettent cette intégration et sont souvent elles-mêmes génératrices de croquis possibles.

Le croquis, selon le destinataire envisagé, saura également adapter une « focale » et une « profondeur de champ » qui traduiront les éléments forts du message à privilégier. Cette interprétation sera donc directement liée à la manière de le mettre en page ou encore d’appuyer les éléments caractéristiques sans pour autant avoir le besoin de faire appel à des nécessités techniques particulières.

Le croquis est l’expression spontanée et directement impliquée d’une idée clé ou d’un schéma organisationnel.

Les supports du croquis sont variés, sans limites et sans contraintes matérielles précises. De la feuille blanche au dessous de verre d’un café en passant par le mur à peine blanchi d’un chantier, tous les supports peuvent être prétexte au croquis. Il émane d’un propos, d’un débat, d’une explication et reste le jeu subtil d’une communication bien souvent interactive.

LE CROQUIS - AR 2018-extrait
Croquis d’Alvaro Siza – Leiça da Palmeira, Portugal

extrait du livre « LE CROQUIS,…un langage dont chacun peut s’emparer… » – 88 pages illustrées de croquis

en vente sur Amazon – version Kindleversion Broché

Insertion paysagère

L’insertion paysagère est devenue depuis de nombreuses années l’élément clé d’un projet, le document qui va permettre de manière spéculative l’acceptation ou le rejet de ce dernier, au travers d’une lecture qui sache prendre en compte un site donné en y insérant le visuel d’un projet. C’est la rencontre entre le réel et le virtuel à une échelle donnée et dans un espace temps défini, entre le paysage-image et le paysage grandeur nature.(1) L’insertion paysagère peut-elle être l’expression aussi factuelle d’une intégration ? L’expression d’une bonne insertion est-elle liée à l’exigence d’un mimétisme.(2) L’insertion architecturale se bonifie aujourd’hui d’un Grenelle de l’environnement qui pousse les équipes architecturales à s’interroger sur le rapport pays, paysage, appropriation, économie et analyse sociale. Insertion ou intégration ? Dans l’aspect architectural il en est un peu différemment, les deux termes se complètent et comme dirait l’architecte Philippe Madec dans le cadre du «colloque Architectures. Contexte et identités. Les défis du siècle nouveau à Brest» 2003 : « Dans notre domaine, on s’en tient à l’hypothèse qu’une insertion réussie produit une architecture intégrée.»(3)

Cet argument semble se confirmer par les propos de Augustin Berque et Alain Roger lorsque tous deux évoquent l’idée de donner du sens à un site. L’espace patrimonial est grandissant et impose au travers de la réglementation une posture qui ne semble pas simplifier la mission d’insertion paysagère. Cependant, les caractéristiques des nouvelles réglementations thermiques semblent niveler leur intégration. L’insertion paysagère, quelle que soit l’évolution des années à venir, ou quelle que soit la projection personnelle de chacun, se doit d’intégrer de nouvelles pratiques et de nouveaux modes de lecture d’un paysage qui se densifie sur plusieurs axes.

L’intérêt porté à ce sujet est lié à l’expression forte de la notion d’insertion, qui se doit aujourd’hui de prendre en compte les facteurs humains et planétaires. Cette nécessité semble indéniablement porter à l’obligation d’une réflexion globale sur la stratégie architecturale à adopter en essayant de suivre un vocabulaire d’insertion qui permettra d’envisager une cohérence globale entre densité, protection et intégration.

1 Augustun Berques – « Médiance de milieux en paysage » – 2000

2 Paul Faye « Sites et sitologie » – 1974

3 Philippe Madec : colloque Architectures – 2003

Extrait du livre: « PAYSAGES EMBOITES »

L’église ronde

« La première chose que j’ai faite au monde, c’est dessiner, comme tous les gosses d’ailleurs, mais beaucoup ne continuent pas. »

Cette phrase de Pablo Picasso résonne en moi avec une dimension qui va au-delà de sa simple expression : elle induit le fait que chaque enfant a dessiné dans sa vie et que l’on peut donc imaginer que certains réflexes subsistent.

Je dirais que je fais partie des gosses qui ont continué de dessiner…

Lorsque j’évoque l’architecture avec cette dimension interrogative du pourquoi de ma fascination des formes, des espaces, des organisations de liaisons, je ne peux m’empêcher de penser au regard que j’ai pu porter dans mes premières années, juché sur les épaules de mon père, découvrant au milieu d’une foule très dense et alignée, ma première messe de minuit.

Je découvrais une multitudes de sensations qui habitaient ce lieu vaste et organisé, les regards dirigés sur le choeur de l’église où le spectacle rituel de l’évêque avec ses servants fascinait l’ensemble des gens autour de nous. Je regardais pour la première fois tous ces gens parfaitement alignés qui observaient avec une profonde sérénité les allées et venues d’un groupe de personnes sur un espace défini et dont la chorégraphie semblait parfaitement orchestrée.

L’ampleur des lieux, rythmée de piliers, l’odeur singulière de l’encens, les positions figées et contemplatives de l’ensemble des fidèles, le déplacement onctueux des prêtres, m’ont interpellé sur la logique d’implantation des éléments. L’injustice visuelle résultant des piliers, l’organisation hiérarchisée des espaces m’ont donné l’envie d’imaginer une église ronde avec un choeur central, une vision égale pour tous. De retour dans ma chambre, je prenais rapidement une feuille de papier pour traduire au mieux de mes possibilités enfantines l’expression d’une église « aboutie ».

Cette expression graphique fut également un moment fort de ma construction de complicité avec mon père, architecte. Des années plus tard, une église ronde fut imaginée et réalisée par Mario BOTTA.

alain rouschmeyer – extrait du livre « LE CROQUIS…un langage dont chacun peut s’emparer… »